- Apr 8, 2018
Updated: Jun 17, 2020
Pictures by Thomas Mazerolles & Wayne William Archibald / Thorium Mag & Poprock.ca
Updated: Jun 17, 2020
Pictures by Thomas Mazerolles & Wayne William Archibald / Thorium Mag & Poprock.ca
Updated: Jun 18, 2020

Via Poprock.ca : "Presque un demi-siècle après que les Zeppelin, Sabbath, Purple et autres Priest aient jeté les bases du genre et contribué à en établir les codes, peut-on à juste titre, aujourd’hui en 2018, parler d’un patrimoine métal? – et plus spécifiquement d’un patrimoine métal canadien/québécois? Et par « patrimoine », j’entends un répertoire d’artistes et d’œuvres qui a non seulement marqué une génération d’adeptes, mais qui a été transmis comme une tradition, avec ou sans l’aide des médias traditionnels, par ces mêmes adeptes directement à la génération suivante qui en assurera à son tour la transmission aux générations futures.
C’est la question qui s’est mise à me trotter dans la tête alors que je m’amusais à deviner la moyenne d’âge des spectateurs qui affluaient à l’entrée du National samedi soir dernier 7 avril, pour la grande soirée « Hard and Heavy 80’s » qui honoraient des pionniers du genre, à savoir les pères fondateurs du speed/thrash metal Exciter ainsi que la légendaire formation D.D.T. de Magog et le quatuor culte montréalais Insane. Des 300 à 400 métalleux et métalleuses enthousiastes présents, j’estime à vue de nez qu’au moins la moitié d’entre eux – et j’y inclus Annick Giroux et Amélie Forget-Dubois, les organisatrices de l’événement! – n’étaient même pas une lueur dans les yeux de leurs parents à l’époque où le power-trio d’Ottawa faisait trembler les fondations du Spectrum pendant que les frères Tougas et la bande de Chriss Lee et Richie Brazz écumaient les bars rock un peu partout au Québec.
Insane
Cependant, peu importe l’âge des spectateurs présents, l’ambiance générale dans la salle était à la fête, et autant les jeunes blancs-becs et les vieux croûtons que ceux et celles à cheval sur les deux générations prenaient plaisir à discuter, à siroter une bière ou encore à examiner les T-shirts et fureter parmi la pléthore de vinyles, de CDs et de cassettes de collection disponibles à la table du « merch » tenue par Annick et Amélie. Dans la foule, quelques visages familiers : les gars de Voivod, vieux chums de D.D.T., Vincent Peake de Groovy Aardvark/Grimskunk/ Aut’Chose/Floating Widget et sa douce Morena… À 21 heures pile, après 30 ans de silence, c’est la formation montréalaise Insane qui, partant le bal avec la pièce-titre de son unique album Strip Tease paru en 1987, se met en frais de réchauffer le public du National. Le temps ayant fait son œuvre, les impressionnantes tignasses d’antan ont fait place aux cheveux courts ou même, dans le cas du chanteur-guitariste et du batteur, à un crâne parfaitement lisse qu’ils ont eu la coquetterie néanmoins de recouvrir chacun d’un élégant chapeau haut de forme.
Côté vestimentaire, les spandex jadis de rigueur ont pris le chemin des oubliettes, et le quatuor démontrait pour son grand retour sur scène un éclectisme assez déroutant : redingote rouge pour le chanteur-guitariste, uniforme de major de l’armée de l’air pour le bassiste, et jeans et T-shirt pour le second guitariste (le batteur se contentant pour sa part d’une sobre chemise noire). À part ce bémol sur le plan visuel, un autre détail agaçait : plutôt avare d’interventions entre les pièces, le chanteur-guitariste ne s’est jamais présenté ni n’a présenté aucun des musiciens une seule fois durant la prestation. Avait-on affaire au line-up original? Y a-t-il eu de nouveaux membres? Je ne trouve aucun site Web officiel ni page Facebook pour le groupe qui puisse m’informer à ce chapitre, et selon les renseignements que j’ai pu glaner sur son site bandcamp, le bassiste original et membre fondateur Chriss Lee se serait joint au mouvement raëlien et aurait changé de nom et de style musical il y a quelques années de cela, faisant maintenant carrière sous le nom d’Eloha.
Reste que les musiciens présents affichaient une forme splendide au niveau de l’exécution, nous offrant de superbes performances aux guitares, notamment de superbes harmonies dans « The Battle » et « Never Satisfied ». Mais les gars, un conseil d’ami si vous avez l’intention de durer : soignez votre présence dans les médias!
D.D.T.
Un frisson d’anticipation se fait sentir dans la foule aux alentours de 22 heures, alors qu’on s’apprête à célébrer les retrouvailles sur scène de D.D.T. avec son public montréalais, après une attente de presque 30 ans. Enfin, sous les acclamations des fans de longue date – et aussi des nouveaux fans – apparait le quintette de Magog, formé des frères Tougas (François au chant, Paul à la guitare solo et Pierre à la basse), du jeunot Philippe, fils de Pierre, à la seconde guitare solo (First Fragment, Chthe’ilist et Funebrarum) et du nouveau batteur Nicholas Wells, lui aussi un jeune loup, qui a dû remplacer au pied levé le batteur original Sylvain « Syd » D’Arcy qui s’est désisté trois semaines avant le spectacle.
Dès les premières salves de « In The Name of God », la magie opère, la connexion se fait, comme dans le temps. Le son est parfaitement balancé et les jeux de lumière au point. Les trois frères ont grisonné, pris un peu de ventre, c’est sûr, mais tous les musiciens jouent « sur la coche ». Toutefois c’est la performance vocale de Frank qui suscite la stupéfaction des fans de la première heure; le temps semble n’avoir eu aucune emprise sur sa capacité à atteindre et à soutenir les notes suraiguës les plus délirantes. Durant « Metal on Ashes », un moment de folie et d’humour s’empare de quelques spectateurs et spectatrices à l’avant-scène, qui se mettent à bombarder les musiciens sur scène de petites culottes et de strings multicolores… De quoi concurrencer Tom Jones!
Le groupe jouera la presque-totalité de son unique mini-album officiel Let The Screw… Turn You On!, à l’exception de « Wasted », puisant le reste des pièces de leur prestation de près de 50 minutes dans leurs quatre premiers démos. Entendre ces riffs et ces solos de guitare, composés et enregistrés il y a trois décennies et interprétés sur scène aujourd’hui par Paul Tougas et son neveu Philippe, deux guitaristes de générations différentes, nous permet de constater à la fois la complémentarité et le contraste entre les deux approches en ce qui a trait aux solos : mélodique et stylisée dans le cas de Paul, frénétique et acrobatique pour le jeune shredder Philippe.
Après avoir dédié « Wall Street Rats » à Donald Trump, le groupe conclura magistralement ses retrouvailles avec un public montréalais en liesse avec « Don’t Wanna Be Like You » (agrémentée d’un mosh pit en avant de la scène!) suivie au rappel par l’incandescente « The Number ». Des retrouvailles qui avaient même toutes les apparences d’une consécration tardive. Irais-je jusqu’à dire qu’ils ont volé la vedette ce soir-là aux pionniers du speed/thrash metal? Du moins, je ne suis pas loin de le penser!…
EXCITER
Lorsqu’enfin, un peu après 23 h 15, on voit apparaître l’imposante batterie de Dan Beehler, aux deux grosses caisses dont les têtes étaient ornées de l’illustration de la pochette de Heavy Metal Maniac, on se rappelle du coup, avec un délicieux frisson d’anticipation, la raison de notre présence dans la vénérable enceinte du National. Pour leur seconde prestation à Montréal depuis leur réunion officielle (ils se sont produits aux Foufounes Électriques en mars 2016), le power-trio a décidé de nous gâter en jouant l’intégrale de leur mythique premier album, en plus d’autres morceaux soigneusement choisis parmi leurs deux autres albums suivants, Violence & Force (1984) et Long Live The Loud (1985).
Arrive sur scène, sous les acclamations orgiaques des métalleux purs et durs, John Ricci, guitare blanche en bandoulière, vêtu de cuir noir clouté comme jadis, qui se lance en guise d’intro dans une séance de torture de son instrument, à grand renfort de dive bombs et d’effets Larsen affolants, pendant que ses confrères Dan Beehler (chant et batterie) et Allan Johnson (basse) se mettent en place. Les connaisseurs auront reconnu « Oblivion » et deviné du coup la pièce qui partira le bal : « Violence & Force » démarre à tombeau ouvert, déclenchant immanquablement un intense mosh pit au parterre.
À l’orée de la soixantaine,
Dan Beehler tabasse encore ses fûts, pousse la note et crache ses paroles avec une hargne et une sauvagerie que lui envieraient de jeunes prétendants du tiers de son âge! Quant à Allan Johnson, qui a adopté la démarche Rob Halford côté look, soit crâne rasé et barbiche, il assure toujours une solide rythmique avec un son de basse bien plombé. Les spectateurs les plus perspicaces auront remarqué qu’il portait sous sa veste de cuir noir entr’ouverte un T-shirt de la jeune formation montréalaise Vantablack Warship, un hommage fort apprécié d’un vétéran du métal à la génération montante.
Après « Sudden Impact » et « Victims of Sacrifice », place aux classiques de l’album Heavy Metal Maniac présentés dans le désordre. « Cry of The Banshee », « Iron Dogs » et « Under Attack » s’enchaînent sans temps mort, Dan limitant ses interventions entre les pièces aux remerciements et à la présentation de la pièce suivante. À voir l’énergie qu’il investit dans sa performance, on comprend qu’Il veuille économiser son souffle! Le refrain de « Stand Up and Fight » se voit scandé en chœur par 400 gosiers enthousiastes, et la ferveur de la foule ne connaîtra aucun répit jusqu’à la pièce-titre de l’album, qui vient conclure la portion « Heavy Metal Maniac » du spectacle.
Suit un court solo de guitare de John Ricci, qui vient quelque peu casser le rythme du spectacle, sans doute le seul bémol à cette performance qui jusqu’à ce moment se déroulait à un rythme d’enfer. Avouons-le d’emblée, si le guitariste d’Ottawa s’avère un forgeur de riffs hors pair, son travail au niveau des solos trahit un manque de finesse. Alors que ses confrères de Metallica, Megadeth et consorts peaufinaient leur attaque et ciselaient finement la mélodie de leurs solos de guitare, John préfère encore 30 ans plus tard créer un barrage d’agression sonore, limitant ses solos à une bouillie de notes confuses jouées en trémolo hyper-rapide.
Après « Beyond The Gates of Doom » qui vient relever le rythme du spectacle, les vétérans du métal canadiens tirent leur révérence avec « Long Live The Loud ». Et en guise de rappel, l’intro martiale de batterie de Dan annonce le morceau de bravoure incontournable réclamé à pleins poumons par les fans presque repus aux oreilles bourdonnantes : « Pounding Metal » vient ultimement rassasier pour de bon les métalleux, qui sortiront du National avec un acouphène qui les harcèlera pour les deux ou trois prochains jours!
La transmission du patrimoine métal a ses exigences!…"

Originally written by Jérome Brisson for poprock.ca
Updated: Jun 17, 2020
Source : Dominic Tardif, Le Devoir
"Ils ont vieilli, pris un peu de ventre, perdu quelques cheveux. Des années de musique lourde ont irrémédiablement creusé des cernes sous leurs yeux, mais quelque 250 grisonnants métalleux lancent quand même leurs bras dans les airs pendant que Rick Hughes, chanteur de Sword, atteint les notes les plus aiguës d’Evil Spell, défiante déflagration concluant l’album Metalized (1986). « Les gens qui aiment le métal, vous avez le coeur gros de même », lance le pimpant quinquagénaire, la main ouverte, avant d’attaquer un dernier rappel.
Nous sommes en septembre 2017, au Quartier de Lune, un bar du quartier Limoilou à Québec, lors du deuxième concert marquant la résurrection du groupe dont la feuille de route compte des tournées en première partie de Motörhead ou Metallica. Mike Laroque échange de son côté les poing-à-poing avec les fans aux premiers rangs. Sur son visage : un sourire tranchant avec la studieuse baboune qu’il affichait jadis. Le bassiste, seul membre du quatuor à avoir abandonné la carrière rock après sa dissolution au tournant des décennies 1980 et 1990, travaille aujourd’hui dans le monde des véhicules récréotouristiques.
.T. en spectacle en 1983
Les métalleux ont du coeur, oui, mais aussi le sens de l’histoire et de la mémoire. En plus de Sword, qui renaît enfin à Montréal le 13 avril au Club Soda, deux formations cultes partagent l’affiche, ce soir au National, d’un voyage dans les années 1980.
D’abord Insane, un des rares véritables exemples de hair métal québécois, dont le seul et unique album à la pochette digne d’une fête costumée, Strip Tease (1987), fleure bon l’abus de fixatif.
Entrevue vidéo avec D.D.T.
Puis D.D.T., le « premier groupe de heavy métal moderne québécois », selon L’évolution du métal québécois, encyclopédie publiée en 2013 par Félix B. Desfossés. « Je préciserais que c’est le premier groupe avec une intention métal assumée, signale le journaliste. Avant D.D.T., il y avait de la musique métallique, mais ceux qui la créaient n’étaient pas conscients du fait que leur musique s’inscrivait dans une culture, un mouvement. Le groupe Apocalypse disait par exemple faire du power rock, alors que les gars de D.D.T., eux, savaient ce qu’ils faisaient. »
L’obscurité garante d’authenticité
Pantalons de cuir, chaînes, ceintures et bracelets cloutés : les frères Pierre, Paul et François Tougas semblent effectivement savoir ce qu’ils font sur leurs premières photos promotionnelles de D.D.T., n’ayant rien à envier aux looks sadomasochistes de leurs héros, les géants anglais Judas Priest. « Je me souviens de me promener dans la rue et de me faire regarder comme un extraterrestre », lance François, chanteur du quintette fondé à Magog en 1979, aujourd’hui peintre de décors sur des plateaux de cinéma. « C’était ça, le fun, se faire regarder croche », ajoute Pierre en rigolant. « On sortait en gang dans les bars avec sur le dos la même chose qu’on avait sur scène ! »

Les hommes en noir récolteront de nombreux sourcils froncés, non seulement dans la rue, mais aussi auprès d’une industrie ignorant tout du métal. Ils devront eux-mêmes enregistrer et distribuer leur unique album officiel, le microalbum Let the Screw… Turn You On ! (1984), en empruntant 5000 $ à leur père, l’écrivain Gérald Tougas. Dans les clubs de la province, D.D.T. est présenté comme un « orchestre de rock », même s’il joue à un « volume exécrable », aligne sur scène les mannequins décapités et glisse parmi les reprises obligatoires de Led Zeppelin ou d’Aerosmith au moins 40 % de titres originaux très abrasifs. « Personne ici ne savait d’où ça venait, ce qu’on faisait ! Les compagnies de disques cherchaient encore les émules de Beau Dommage et d’Harmonium. »
Comment, alors, expliquer qu’un groupe relativement obscur à son époque soit aujourd’hui le sujet d’un culte ? « Internet ! » lance Félix B. Desfossés. « Le monde du métal, c’est aujourd’hui un monde de geeks qui veulent tout savoir et tout entendre, et Internet permet de partager toutes ces connaissances super rapidement. Il y a aussi une quête d’authenticité derrière ce désir de déterrer les groupes les plus oubliés, parce que, si tu n’as pas vendu d’albums outre mesure, c’est peut-être signe que t’as fait les choses à ta manière. »
L’influence internationale du métal québécois
Bien avant que le Web devienne vastement accessible, la communauté métal s’était imaginé sa propre toile par le truchement du tape trading (l’échange de cassettes), un réseau unissant des milliers de mélomanes troquant par la poste des enregistrements souvent rudimentaires de leur propre groupe. « C’est la raison pour laquelle des Scandinaves ou des Européens connaissent des vieux groupes de métal québécois qui ne sont pourtant pas sortis d’ici. Les réputations se sont construites par ces échanges-là », explique Félix B. Desfossés.
Philippe Tougas, 26 ans, compte parmi les fans qui s’arrachent aujourd’hui ces objets de collection. Le guitariste des formations First Fragment et Chthe’ilist prend d’ailleurs la relève de Denis Côté, membre fondateur de D.D.T., aux côtés de son paternel et de ses oncles. « Les millénariaux ont découvert qu’il y avait quelque chose qui existait avant qu’ils naissent et que ça a influencé ce qu’ils écoutent aujourd’hui », lance Pierre Tougas, 58 ans, question de taquiner son fils ainsi que Nicholas Wells, jeune batteur complétant l’alignement actuel de D.D.T.

L’atomisation du marché de la musique en des centaines de niches profite donc aux pionniers du métal québécois : l’étiquette californienne Nuclear War Now ! a consacré toute une série à la réédition sur vinyle de démos des années 1980, alors que la montréalaise Return to Analog mettait récemment en marché des disques d’Insane et de D.D.T.
Sword était de son côté invité en septembre au Harder Than Steel Festival, à Dittigheim en Allemagne, et travaille actuellement à un nouvel album, en mettant à jour de vieilles idées de chansons datant de sa première époque, confie le guitariste Mike Plant. Le respecté label new-yorkais Combat Records y apposera son sceau d’approbation.

Fiers de leur progéniture, les pères de notre musique lourde ? « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vraie bonne place pour jouer à Montréal, regrette Pierre Tougas. Un petit stage comme celui des Foufounes électriques, avec les drums des quatre bands dans un coin que doit surveiller un gars pour ne pas qu’ils se fassent voler, ce n’est pas digne des groupes de calibre international qui jouent là. Il y a tellement de bons musiciens dans la niche métal extrême et death métal présentement. J’oserais dire qu’aucun autre genre musical au Québec ne produit autant de virtuoses. »" Insane + D.D.T. En spectacle au National le 7 avril Sword En spectacle au Club Soda le 13 avril Source : Dominic Tardif, Le Devoir