Review : Chthe'ilist - Le Dernier Crépuscule by Thrashocore Zine

Via Thrashocore Zine : "Quatre ans après une première démo particulièrement encourageante, les Québécois de Chthe'ilist signent enfin leur retour avec une sortie très attendue. Il s’agit de leur tout premier album paru fin janvier sur Profound Lore Records (mi-février sur Dark Descent Records pour la version LP). Le duo devenu trio depuis 2013 n’a pas eu à galérer bien longtemps pour trouver deux labels dignes d’intérêt tant leur musique ne ressemble aujourd’hui à aucune autre (même si les influences de la formation canadienne demeurent évidentes).

Comme vous l’avez sûrement deviné, c’est l’Italien Paolo Girardi qui s’est chargé de réaliser l’artwork de ce premier album intitulé Le Dernier Crépuscule. Un coup de crayon facilement reconnaissable pour une réalisation qui évite le recyclage constaté sur certains travaux précédents. Une mise en bouche visuelle relativement alléchante (malgré une certaine surexposition de ses œuvres ces deux dernières années) pour un album que beaucoup attendait avec curiosité et impatience. D’ailleurs, que ceux qui rageaient à l’idée de voir la démo Amechth'ntaas'm'rriachth disponible uniquement au format digital se réjouissent car on retrouve sur ce premier album l’ensemble des titres qui y figurent (à l’exception cependant de cette introduction instrumentale intitulée "N'triiodctuion'to Iagorsmataanph").


En dépit de cette personnalité très affirmée qui caractérise le Death Metal de Chthe’ilist, il est tout de même assez facile d’identifier les groupes dont les Canadiens s’inspirent. D’ailleurs quiconque ne verrait pas ces influences aurait très certainement besoin de revoir ses classiques tant il est évident que Demilich et Timeghoul ont tous les deux joués un rôle majeur dans la construction identitaire des Québécois. Et si cela se voit comme le nez au milieu de la figure, j’aurai bien du mal à le leur reprocher tant finalement trop peu de groupes ont cherché par le passé à s’en inspirer. Est-ce dû à ces constructions étranges, à ces riffs dissonants et en apparence peu mélodieux, à cet aspect rebutant et monolithique que peut revêtir ces compositions ? Difficile à dire. En tout cas, je me réjouis qu’un groupe ait eu l’audace de sortir des sentiers battus pour proposer un album de cette trempe.


Amateurs des deux groupes mentionnés plus haut, réjouissez-vous car nous tenons ici un digne héritier au génie d’Antti Boman et Jeff Hayden. Des Finlandais, Chthe’ilist reprend ce que j’évoquais un peu plus haut à savoir des constructions étranges, complexes et en apparence peu harmonieuses (ces rythmes faussement saccadés au groove imparable) couplées à des riffs tordus et psychotiques tout droit sortis de la quatrième dimension et à une basse frétillante et insaisissable. Des Américains, le trio emprunte cette approche obscure et tout aussi étrange à travers notamment des passages surprenants où vient se greffer un chant clair incantatoire envoûtant ("Into The Vaults Of Ingurgitating Obscurity" à 3:37, "The Voices From Beneath The Well" à 4:21, "Vecoiitn'aphnaat'smaala" à 2:53, "Tales Of The Majora Mythos Part 1" à 4:54 et 5:53) ainsi qu’une certaine propension à corser le ton lors de séquences bien plus musclées. Ce sont là les influences les plus évidentes mais on peut également en trouver d’autres à l’image de ces soli cristallins à la puissance évocatrice indiscutable rappelant des groupes tels qu’Atheist ou Cynic ("Voidspawn" à 5:16, "Scriptures Of The Typhlodians" à 4:30, "The Voices From Beneath The Well" à 4:36, "Vecoiitn'aphnaat'smaala" à 3:39, "Tales Of The Majora Mythos Part 1" à 6:48). Celles-ci sont ici remaniées et réappropriées par Chthe’ilist pour offrir à l’auditeur un Death Metal tout à fait hors norme et beaucoup plus personnel qu’il n’y paraît.


Il y a en effet quelque chose d’assez fantastique voir même cinématographique dans la manière dont est construite l’atmosphère de ce premier album ainsi que dans ce qu’elle laisse imaginer. Que ce soit dans les solos évoqués dans le paragraphe précédent (cette fameuse puissance évocatrice) ou bien dans cette utilisation qui est faite des synthétiseurs, Chthe’ilist réussi très vite à nous catapulter dans son univers opaque et étrange dépeint par Paolo Girardi et dans lequel on imagine très bien voir régner quantité de monstres inquiétants, difformes et tentaculaires inspirés par un certain bestiaire lovecraftien. Les claviers tiennent ainsi un rôle majeur dans la construction de ces ambiances, notamment à travers plusieurs séquences où vont justement se faire entendre ces bêtes que l’on devine monstrueuses (comme par exemple sur la dernière minute de ("Into The Vaults Of Ingurgitating Obscurity"). Des bruits étranges rappelant les pires insectes de Starship Trooper. Un effet d’ailleurs renforcé par certains growls de Philippe Tougas qu’il va reproduire à maintes reprises durant tout l’album. Outre le sentiment d’être entouré de bestioles toutes plus répugnantes les unes que les autres, ces nappes de synthétiseurs viennent également apporter quelque chose de très théâtral (les cloches, les voix claires incantatoires et diffuses, les nappes fantomatiques...) qui confère au final à ce premier album quelque chose de fort pour ne pas dire grandiose.


Enfin pour terminer, évoquons également la qualité de la production qui laisse à chaque instrument la place nécessaire pour s’exprimer, et notamment cette basse souvent trop vite reléguée en arrière-plan. Cette dernière tient ici une place de choix et dire que le Death Metal de Chthe’ilist serait bien différent sans elle n’est certainement pas exagérée. Philippe Tougas et Claude Leduc qui se partagent l’instrument transmettent à travers leur exécution respective un groove, un feeling et une énergie incroyable qui, par nature, vient s’opposer à l’aspect beaucoup plus hermétique et exigeant des riffs. Mais au-delà de cette basse qui me colle à chaque fois des frissons, c’est tout l’album qui bénéficie d’une production tout à fait adapté. Moderne sans être tape à l’œil, respectueuse de l’atmosphère développée par les trois québécois, parfaitement équilibrée, dense et limpide à la fois... Elle est la cerise sur le gâteau d’un album maitrisé de bout en bout.


Difficile de réussir à s’émanciper lorsque l’on a pour parents (encombrants) des groupes tels que Demilich et Timeghoul. Pourtant, Chthe’ilist prouve qu’il n’a eu aucun mal à digérer ses diverses influences pour en sortir quelque chose non pas d’original mais au moins plein de personnalité (si mes intuitions sont bonnes, un titre comme "Tales Of The Majora Mythos Part 1" semble aborder l’univers de Zelda et son fameux Majora’s Mask). Le Dernier Crépuscule est un album qui aurait pu être tout à fait imbuvable mais qui au contraire se montre d’une facilité assez déconcertante étant donné le style pratiqué. Une preuve que les Québécois on sut tirer le meilleur de leur affiliation pour accoucher de ce qui est déjà l’un des albums de l’année."


Originally written by AxGxB for https://www.thrashocore.com/

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